Israël et le printemps arabe

Il est compréhensible qu’Israël se sente menacé par le mal nommé « printemps arabe » tandis que l’Egypte, pays avec lequel elle possède un traité de paix depuis plus de trois décennies, est menacée et que son plus proche allié régional, la Jordanie, est foudroyée par des contestations domestiques.

L’effondrement de l’autorité politique a inondé les frontières d’Israël avec une quantité d’armes dangereuses, allant des missiles libyens dans la bande de Gaza aux scuds syriens dans le sud du Liban. En attendant, le programme nucléaire iranien se poursuit sans relâche. Individuellement, chacun de ces développements suscite une grande préoccupation ; tous ces événements combinés, mènent les Israéliens à voir les murs de refermer sur eux.

Durant trois décennies, l’Egypte de Moubarak a été le point d’ancrage de la sécurité régionale pour Israël. Depuis sa destitution, le Sinaï est sans foi ni loi, il a été l’origine de tirs de roquette, l’Égypte a annulé son contrat de gaz avec Israël, I’ambassade d’Israël au Caire a tout juste réussi à survivre à une tentative de lynchage et les Frères Musulmans ont émis des torrents de menaces verbales contre le traité de paix.

Comme ces faits troublants le suggèrent, les capacités de l’état égyptien ont également diminué de façon significative. L’économie égyptienne se trouve actuellement dans une situation désespérée : les réserves de devises étrangères ont chuté de 60 pourcents, les investissements directs étrangers ont chuté de 90 pourcents, et cette année, le déficit budgétaire est de 10,4 pourcents du PIB – celui des Etats-Unis est de 7,6 % – avec une tendance à la hausse.

En outre, le régime militaire en Egypte et les Frères Musulmans se focalisent sur les questions intérieures pour rétablir l’ordre et consolider leur contrôle politique.

Tout mouvement belliqueux par une Egypte menée par les islamistes déclencherait l’élimination de l’aide militaire américaine qui finance actuellement près de 40 % du budget de la défense de l’Egypte. Le pouvoir politique égyptien est en effet plus hostile à l’État juif, mais ses capacités à agir sur la base de cette hostilité ont sensiblement diminué.

Les préoccupations d’Israël à propos d’une Syrie volatile démentent également les avantages retirés par une Syrie affaiblie. Préoccupé par le transfert potentiel de scuds syriens ou d’armes chimiques au Hezbollah, Israël est inquiet aussi bien par la dernière tentative d’Assad de l’entraîner dans le conflit que par la possible ascension d’un autre régime islamiste.

Toutefois, indépendamment des capacités d’Assad à s’accrocher au pouvoir, la Syrie d’après le soulèvement n’est plus que l’ombre d’elle-même. Comme l’Égypte, son économie est en lambeaux, ayant été durement touchée par les sanctions de l’Occident sur son industrie pétrolière, qui représente 30 % de son budget. Son armée a subi d’importantes défections et pertes en faveur des rebelles, et leur patron, l’Iran, a consacré de larges efforts pour sauver son seul allié dans la région. Même le Hezbollah, conscient de son actuelle position précaire dans la poudrière libanaise, se trouve de plus en plus isolé, ayant pris position pour Assad. La frontière nord d’Israël n’a jamais été aussi calme.

Même dans la bande de Gaza, où le Hamas est bien installé, le déploiement réussi d’Israël du système de défense antimissile, le dôme de fer a changé la donne, il a changé de manière révolutionnaire la situation en matière de sécurité, les tirs de roquettes n’ayant fait jusqu’à présent aucune victime israélienne en 2013.

Le Hamas a abandonné son quartier général confortable situé à Damas, dans la crainte de se voir aligné avec l’hérétique Alawite contre les Frères Musulmans sunnites tandis qu’il poursuit sa lutte politique acharnée avec le Fatah en Cisjordanie.